Festival 2026

Pour sa 10ème édition, le Printemps du film engagé sera à Marseille et Vitrolles du vendredi 27 mars au vendredi 3 avril 2026 sur le thème « La Vie est à nous » : une semaine de films documentaires et de fictions précédés d’un court-métrage et suivis d’un débat.

En collaboration étroite avec les salles de cinéma Le Gyptis, Cinéma les Variétés, Vidéodrome 2, l’Alcazar, et La Baleine Marseille, et le cinéma Les Lumières à Vitrolles.

Découvrez notre beau programme jour par jour, que vous pouvez télécharger, et prenez le temps de lire notre édito.

Le Temps de voir
Exposition de Dominique Bosq
Vernissage
Mercredi 1er avril à 17h l’Alcazar



Edito 2026

« La vie est à nous ! »

Le film collectif La vie est à nous, réalisé sous la houlette de Jean Renoir en 1936, n’est pas une simple propagande à visée électorale. C’est un jeu d’images qui mêle archives, vues documentaires et scènes de fiction, sans en dissimuler l’origine, pour constituer un conte critique dans lequel les récits qui conduisent la vie de chacun·e sont retournés au regard de l’expérience vécue. Comme ces enfants qui au début du film sortent de l’école, où le professeur leur a démontré la grandeur et la prospérité de la France, pour discuter de leur vie à eux. La discussion et le partage d’expérience permet de se défaire des cadres d’interprétation qui s’imposent, de recadrer les choses.

C’est une autre perception de soi et du monde qu’il faut reconstruire pour se réapproprier collectivement cette vie. Nous, notre vie. Notre vie n’appartient pas aux maîtres d’école et à ceux qui nous font travailler. « La vie est à nous » est la réponse qui est faite par celles et ceux qui veulent faire entendre leurs droits et inventer de nouvelles formes d’action dans un monde défait par l’exploitation et où guette le fascisme. Le film de Renoir est d’ailleurs très explicite sur les liens étroits établis, à cette époque, entre les détenteurs du capital et les ligues d’extrême-droite, pro-nazies, qui menacent le fonctionnement même de la République.

Notre vie, notre terre. Dire « Nuestra tierra », c’est engager un combat – en l’occurrence contre les entreprises et les intérêts privés qui se l’accaparent – mais c’est aussi ouvrir la question d’un commun et de formes de vie partagées. Dire « La vie est à nous », c’est exprimer l’exigence que nous nous donnions à nous-mêmes les formes de notre vie, c’est affirmer une autonomie qui se conquiert collectivement contre la loi des plus forts.

Comment, dans ce champ dévasté qu’est le monde d’aujourd’hui, résister en commun ? La vie est à nous, c’est l’affirmation de la nature collective de toute vie lorsqu’elle invente sa propre liberté pour se défaire de ce qui l’oppresse et la détruit. Cela va avec l’imagination de récits, de gestes, de partages, portés par le désir d’un monde habitable.

« La vie est à nous », c’est l’expression d’une réappropriation et d’une nécessaire invention. Reprendre pied, reprendre la parole, reprendre les choses en main, retisser ce qui nous a échappé ou dont on a été défait, et d’abord reconstruire ce qui nous semble aujourd’hui tout autant impossible que nécessaire : une vie démocratique. Réduite à néant – parfois littéralement – la vie nous reprend ensemble. Ce « nous » n’est pas donné, il ne renvoie pas à une entité préexistante ou à un « peuple » fantasmé, mais il s’invente et s’organise, il est le fruit de ce désir qui nous soulève.

Pour fêter dix années de projections et de débats, nous vous invitons à nouveau à voir des images, à écouter des récits, à partager nos impressions et nos idées pour discuter de ce qui nous importe. Nous, nos vies, notre vie.